voyages et anecdotes
25 Octobre 2016

La carte express
C’est une question qui reviens souvent quand je rentre de voyage : qu’as-tu mangé ? était-ce bon ?
Mais c’est en général pour moi une chose difficile à répondre car manger est une préoccupation qui reviens sans cesse en voyage, bien que souvent on saute des repas, s’il n’y a pas d’arrêt dans le voyage ou si ce qui est proposé ne parait pas appétissant. Toujours quelques biscuits ou quelques fruits en cas font l’affaire, mais il faut dire que la plupart des pays la nourriture est abondante partout.
Dans la grande majorité les repas sont vite oubliés.
Pour mon premier repas en Chine je décidai de m’offrir un vrai restaurant. Je m’installai seul à une grande table ronde nappée de rose.
On me présenta un menu ce qui ne pouvait pas beaucoup m’aider, alors j’utilisai mon petit guide de traduction et pointait mon doigt sur « canard ». La serveuse insistait mais mes premières expériences chinoises m’avaient montré qu’insister au moins autant qu’eux donnait souvent de bons résultats.
L' hôtesse me servit du thé et en resservit pendant tout le repas dès que j’avais bu une gorgée.
Je suppose que la serveuse n’était pas qu’un peu surprise de me voir seul à table commander un seul plat sans riz ou autre fantaisie.
Tout le monde mangeait, le restaurant était plein, les tables couvertes de plats, tous les convives autour des tables piochaient dans les plats avec leur baguettes, riaient, criaient et crachaient os et restes sur la table à coté de leur bol. Et je buvais du thé. Rien. Je désesperai.
Pour un peu je voyais une punition, ma commande non comprise, mon statut d’occidental….
Enfin le plat arriva .
Un grand plat avec un canard dressé, la tête aussi fière sans doute que peu de temps avant à son état naturel. Il semblait nager dans une mare, les pattes pataugeaient sur un lit de champignons noirs.
J’étais sidéré !
J’avais réussi ça ! Comme un Seigneur du moyen age !
Comment attaquer la bête avec mes baguettes ? J’ai du renvoyer le plat en cuisine pour le découpage.
La Chine devait me réserver d’autres surprises culinaires, des meilleures et des pires !
A Canton dans la guest-house, une délégation vient rencontrer les touristes : nous sommes invités à tourner un documentaire de propagande dans un restaurant. Nous pouvons commander tout ce que nous voulons et il suffisait de faire « yeh » devant la camera avec les doigts en V.
Nous étions 6 je crois et avons essayé pas mal de plats. De l’avis d’une américaine « elle n'
Avec un peu plus d’expérience du pays j’arrivais en général à éviter les pièges, je savais aussi que souvent les restaurants exposent leurs ingrédients dans des cages sur le trottoir : insectes, serpents, et autres animaux étranges : j’évitais !
J’avais adoré X’ian et la fabrique des nouilles dans la rue. Ils semblent les étirer à l’infini sans que jamais elles ne cassent. Il n’y a pas longtemps j’ai découvert à Paris un petit restaurant qui fait ces nouilles, de la même façon, il y a surtout des chinois comme clients, et je ne me lasse pas du spectacle en attendant mon plat. C’est délicieux.
Avec mes amis de Hong-Kong je leur laissai le soin de commander et avait tôt fait d’arrêter mes questions : « c’est quoi ? » l’inévitable réponse était « chicken » ….je savais toutefois reconnaitre la soupe de tortue qui baignait dans la soupière. Ethiquement je trouvais ça très mal , gustativement délicieux.
Lors de mes voyages suivants l’occidental était déjà beaucoup mieux ciblé , et quand je regardais les plats sur les tables voisines il n’était pas rare que les chinois m’invitent à y goûter et souvent je terminais mon repas avec eux.
Lors de mon premier voyage en Birmanie il n’y avait pas grand-chose. J’achetais une brochette par la fenêtre du train. Mes compagnons de compartiment – des birmans – étaient morts de rire ! La brochette n’était vraiment pas bonne, il n’y avait que des petits os et un peu de peau. Ils ont refusé d’y goûter et m’ont affirmé que c’était du rat.
A Bornéo nous avons partagé un ragoût avec les cueilleurs de nids d’hirondelles. La viande était celle d’un petit porc-épic.
En Inde je me contentai en général d’un thali dans la rue. Simple et végétarien mais l’assurance fraîcheur à défaut d’être très hygiénique. Je mangeais ça avec des chapatis, du bout des doigts. Dans je Gujarat j’avais dîné dans une école hôtelière (de cuisine ?) Le thali était fantastique ! Et ils n’arrêtaient pas de me servir….Pendant que je mangeais un serveur mimait un karaoké dans le dos de son chef, j’étais je crois le seul client , j’étais intrigué par la personne chargée de faire les chapatis et qui oeuvrait comme pour un régiment. Je crois que je n’ai jamais eu autant de personnes à mon service !
L’Afrique m’a reservé bien des surprises, entre les aléas de voyage et l’incertitude des restaurants…..Au Sénégal arrivé tard un maqui me propose « de la viande de brousse » que j’accepte à contre cœur. C’était des tripes …..bon, je vais faire un petit jeûne.
Heureusement il y avait le fameux « café au lait » quasiment 24h/24 ! c’était du lait concentré avec une pincée de Nescafé et de l'eau chaude, on trouvait ça délicieux, on partageait sur la toile cirée au milieu des mouches dès qu’on rencontrait un voyageur et on se racontait nos aventures.
Ce qui était très dur c’était les enfants qui attendaient derrière les claustras et qui, dès l’assiette finie venaient récupérer les restes dans une boite en métal avant de se faire chasser par le patron.
A Madagascar il y avait le « poulet-sauce » avec du riz et de la sauce tomate à l’eau . Guère autre chose- mais des mangues délicieuses à profusion et presque gratuites !
Dans une ville de brousse les rues étaient comme pavées de noyaux.
En Côte d’Ivoire j’avais fit ami avec un restaurateur. Le matin il me demandait ce que je voulais manger : crabe, langouste ou cigale de mer. Je donnais l’argent et il allait sur la plage acheter aux pêcheurs. Je n’étais pas autorisé à l’accompagner pour maintenir les prix bas.
En Nouvelle Guinée il n’y avait pas non plus grand-chose à manger, mais dans les villes des supermarchés vendaient des produits australiens périmés : fromages , conserves de poisson…
Les racines, genre manioc et patates douces étaient la nourriture de base.
Lors d’un séjour sur les rives du Sépik notre hôte nous a fait l’honneur de cuisiner un sak-sak.(photo) Très prisé dans cette région le plat demande deux ou trois jours de préparation. C’est la pulpe d’un palmier, râpée, lavée, fermentée sans doute et cuite en galette.
C’est noir et caoutchouteux et sans saveur….
Dans le trans-mongolien des étudiants qui rentraient au pays pour les vacances n’avaient qu’une hâte c’est de passer la frontière pour déguster des « momos » sur le quai de la gare.
Ces raviolis de mouton dégoulinaient de graisse mais étaient appréciés pour couper la monotonie des repas pris depuis plusieurs jours dans le wagon restaurant.
Ces jeunes m’invitèrent arrivés à Oulan-bator dans leur famille pour le petit déjeuner. Il me fallait faire une croix sur mon rêve de café – je l’ai espéré jusqu’à la dernière minute- et patienter le temps de cuire du riz et du gras de mouton…
Cette viande omniprésente en Mongolie imprégnait d’une odeur douceâtre et échoeurante absolument tout ! J’avais passé la première nuit chez l’habitant et au petit matin je fuyais à la recherche d’un endroit plus neutre au niveau odeurs…C’est comme ça que je logeais au « Marylin Monroe », inattendu pour le moins !!
J’avais fait provision « d’instant-noodles » que je cuisinais dans ma chambre avec une résistance électrique.
En Australie je détestai les « take away » ça me donnait toujours l’impression d’être traité comme un chien. Pourtant un jour à Brisbane j’étais assis mangeant mon sandwiche, à coté de moi une belle femme Maori et nous engageons la conversation .….Ni elle ni son mari qui attendait à l’extérieur n’ont hésité à m’inviter à dîner. A ma grande surprise ils habitaient à une centaine de kilomètres de la ville ou ils ont improvisé un repas et une petite fête, il y avait un couple d’amis, une guitare, des chants et du haschish , puis ils me raccompagnèrent à Brisbane ou je devais prendre un bus tôt le matin.
En Inde encore j’ai été invité à un mariage. Dans une grande pièce il y avait des feuilles de bananiers alignées sur plusieurs rangées, elles servaient d’assiettes. Les invités se tenaient dos à dos pour manger le thali en silence. Le riz y était mélangé aux sauces et gâteaux très sucrés. Ca n’avait rien de raffiné ni de convivial, ça semblait pourtant des familles assez riches et la cérémonie était grandiose. Dès le repas terminé les convives quittaient la fête et on préparait un autre service.
A Amritsar dans le temple d’or on offre de la nourriture ; des lentilles et du riz et je me souviens de la taille impressionnante des casseroles.
Au Brésil c’est la cure de haricots rouges, mais aussi partout de délicieux jus de fruit et un incroyable petit café noir !
Le Brésil ne serait pas complet sans une excursion dans la forêt amazonienne. Nos guides indiens nous avaient fabriqué une petite hutte en feuilles de palme pour nous abriter de la pluie et accrocher nos hamacs pour la nuit, puis annoncèrent qu’ils partaient chasser notre dîner.
La nuit tombée nous étions confinés dans nos hamacs essayant d’échapper à l’eau qui ruisselait de partout. Dans le noir complet de la forêt d’étranges points lumineux semblaient nous observer, assez menaçants et nous interdisant le moindre geste. A force de les observer on avait l’impression qu’ils s’approchaient….vraissemblablement des mygales, ou peut-être avons-nous cru à ces contes qui effraient les enfants ?
Après une longue, longue attente j’étais persuadé que nos guides avaient fait le dîner des alligators ou d’un anaconda, mais on ne pouvait rien faire d’autre que d’attendre la fin de la nuit pour essayer de retrouver notre pirogue et la hutte au mileu des marécages…
Et puis ils sont normalement revenus nos guides….
Ils avaient pêché quelques poissons-chats et allumèrent un feu pour les faire griller.
C’était plein d’arrêtes , dans le noir vraiment pas facile à manger, pas terrible !
Au petit matin ils étaient amusés de voir qu’on avait tout craché !
Sur le chemin du retour ils abattirent un palmier et on dégusta le cœur comme un sucre d’orge, on se sentait l’âme d’un explorateur, ils avaient dans la besace un spécimen de serpent assez impressionant et vénimeux qui dormait sur le tronc flottant sur lequel on était engagé !
En Russie , 1991 c’était l’époque de l’Union Soviétique, les magasins vides, le marché noir…
Mais il y avait des choses surprenantes. J’étais retourné à Moscou l’hiver 91 avec deux amis dont un Néo-Zélandais qui nous amusait beaucoup avec sa façon de prononcer « chou rouge » qu’on mangeait quotidiennement.
Lors d’une visite au Gum (le grand magasin sur la place Rouge) cet ami nous rejoins triomphant avec des sucreries américaines qu’il avait eu pour un couple de dollars. Nous étions en train de déguster des toasts au caviar payés quelques roubles !
A Riga nous partagions la chambre incognito avec un russe de Rostov sur le Don et nous faisions des pique-nique dans la chambre avec du poisson fumé arrosé de thé et de vodka.
A Sri-Lanka , las de la cuisine à l’huile de coco on chinait des poissons sur la plage qu’on grillait au feu de bois, nous faisions du stop pour arrêter des chars à bœufs et buvions du lait à peine sorti du pis et c’était oh combien délicieux !
J’ai partout aimé goûter les fruits, la multitude de variétés de bananes en Equateur, les rambutans en Indonésie, les mangues à Madagascar, les ananas dégoulinants de jus sur les marchés en Cote d’Ivoire, des fruits inconnus, doux, acides, sucrés, mais je n’ai jamais pu me faire à l’odeur du durian que les asiatiques adorent !
